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Découvrez le rooibos : son histoire, sa fabrication, ses saveurs et ses enjeux

Publié le 31.08.2026 par Les Jardins de Gaïa

Explorez les secrets du rooibos : son histoire, ses bienfaits santé, et les nuances entre le rooibos rouge et vert. Une boisson pleine de surprises !

L’aventure des Jardins de Gaïa avec le rooibos commence en 1996, avec un premier approvisionnement auprès des producteurs de rooibos de Wupperthal qui n’étaient pas encore unis dans une coopérative. Cette rencontre autour d’un coup de cœur gustatif accompagnée de la découverte d'un pays magnifique devient rapidement une belle aventure humaine fondée sur la confiance et le respect.

C’est à la pointe sud du continent africain que pousse cette plante singulière, reconnaissable à ses fines aiguilles et à son infusion d’un rouge profond. Souvent surnommé « thé rouge », le rooibos n’est pourtant pas un thé. Il ne provient pas du théier (Camellia sinensis), mais d’un arbuste sud-africain appelé Aspalathus linearis, une légumineuse appartenant à la famille des Fabacées.

Naturellement dépourvu de théine, il séduit par son goût rond et chaleureux, qui, suivant son terroir d’origine, peut offrir des nuances herbacées, vanillées, miellées, fruitées comme la pomme, épicées comme le clou de girofle ou encore florales comme le magnolia.

Mais le rooibos ne se résume pas au plaisir de sa dégustation. Derrière chaque tasse consommée se cache un territoire exceptionnel, des histoires humaines et des savoir-faire transmis depuis plusieurs générations. Cette plante qui pousse exclusivement dans une région montagneuse d’Afrique du Sud, au cœur du Cederberg, entre le Cap-Occidental et le Cap-Nord, est le trésor d’un environnement naturel unique appelé le fynbos qui, à certains égards, peut évoquer les maquis méditerranéens.

Le rooibos est au cœur du quotidien des Khoïsans, les peuples autochtones qui vivent sur ces terres arides et magnifiques et sur lesquelles ils ont développé une longue tradition d’herboristerie, notamment autour du rooibos, pour se nourrir et se soigner.

Récolté à l’état sauvage durant des siècles, le buisson rouge a progressivement été cultivé et commercialisé dans le monde entier au XXe siècle. Il est aujourd’hui devenu un véritable symbole de résistance face aux défis environnementaux et sociaux qui touchent cette région.

Car derrière cette infusion d'un grenat profond se joue un enjeu essentiel : préserver une culture ancestrale, protéger un écosystème fragilisé par le changement climatique et permettre aux petits producteurs sud-africains de continuer à vivre dignement de leur métier.

Le rooibos, un trésor naturel du fynbos sud-africain

Le rooibos pousse dans une zone très limitée du sud-ouest de l’Afrique du Sud, principalement dans les montagnes du Cederberg et sur le plateau du Suid Bokkeveld. Cette région abrite le fynbos, l’un des écosystèmes les plus riches en biodiversité au monde.

Le mot « fynbos » signifie « buisson fin » en afrikaans et désigne toutes les plantes à aiguilles de la région adaptées au climat méditerranéen marqué par des étés longs, chauds et secs. Dans ce paysage de montagnes, de pierres et de grands espaces sauvages pousse l’Aspalathus linearis, ce petit arbuste aux feuilles fines en forme d’aiguilles qui donne naissance au rooibos. Ce dernier fait partie des 278 espèces du genre Aspalathus, un groupe de plantes à fleurs de la famille des Fabacées qui comprend également des légumineuses comme les haricots, les pois et les genêts.

Le mot linearis fait référence à la forme linéaire, en forme d’aiguille, de ses feuilles.

Le rooibos se distingue par ses remarquables capacités d’adaptation. Dans son environnement naturel et à l’état sauvage, il développe un système racinaire complexe capable de résister aux conditions difficiles du Cederberg : sécheresses prolongées, sols pauvres, vents importants et incendies réguliers.

Ses racines profondes lui permettent d’aller chercher l’eau en profondeur, tandis que ses racines superficielles captent l’humidité disponible et participent aux échanges avec les autres organismes du sol. Certaines variétés sauvages ont même développé une capacité étonnante à se régénérer après les incendies, un phénomène naturel indispensable au renouvellement et donc à la survie du fynbos.

Cette adaptation millénaire explique pourquoi le rooibos sauvage est aujourd’hui particulièrement étudié par les scientifiques qui cherchent des solutions face aux effets du changement climatique. Alors que les périodes de sécheresse deviennent plus fréquentes et plus longues, cette plante fait face aux contraintes imposées par la nature et aux effets du changement climatique.

Une histoire intimement liée aux peuples Khoïsan d’Afrique du Sud

Bien avant de devenir une infusion appréciée dans le monde entier, le rooibos faisait déjà partie du quotidien des peuples Khoïsan, premiers habitants de cette région d'Afrique du Sud. Récolté à l'état sauvage dans les montagnes du Cederberg et sur le plateau du Suid Bokkeveld, il était apprécié aussi bien pour ses qualités gustatives que pour ses vertus. Les connaissances liées à cette plante se transmettaient de génération en génération : reconnaître les meilleurs arbustes, savoir récolter les buissons sans les blesser et maîtriser les étapes d’oxydation et de séchage qui donnent au rooibos son goût si caractéristique.

La commercialisation du rooibos débute timidement en 1904 après que les premières cultures ont été mises en place dans le nord du Cederberg et sur le plateau du Suid Bokkeveld à l’ouest du pays à proximité de la Namibie.

Dans les années 1920, Benjamin Ginsberg, importateur de thé installé dans la région du Cap, fait découvrir cette infusion au reste du monde notamment en l'exportant vers la Russie où boire du rooibos devient rapidement populaire. Ce premier développement international accompagne l'essor progressif de la filière.

Face à une demande croissante, les producteurs s'organisent. La Clanwilliam Tea Cooperative, première coopérative de rooibos du pays, est créée en 1948 afin de structurer la production et de mieux réguler le marché. En 1954, un Rooibos Tea Control Board est mis en place pour encadrer sa commercialisation. Il jouera ce rôle jusqu'en 1993, avant la libéralisation du secteur.

L’essor de la production et la commercialisation du rooibos ont toutefois été particulièrement entravés par les bouleversements politiques et sociaux du pays. Pendant des décennies, les politiques foncières liées à l’apartheid ont limité l'accès des populations noires à la propriété agricole. À partir de 1994, avec l'arrivée au pouvoir de Nelson Mandela, les réformes de redistribution des terres ouvrent progressivement de nouvelles perspectives à des communautés jusqu’ici exclues.

C'est dans ce contexte que naissent les coopératives de Wupperthal et d’Heiveld respectivement en 1999 et en 2000 dans la province du Cap-Nord. Pionnières dans le commerce équitable, elles défendent un modèle de production différent, à taille humaine, fondé sur la coopération, la valorisation des savoir-faire locaux et le respect de l'environnement. Au fil des ans, elles renforcent leur autonomie en développant leurs infrastructures, en investissant dans des pratiques plus durables et en accédant progressivement à la propriété foncière, ce qui fut une vraie révolution !

Les coopératives de Wupperthal et Heiveld : un autre modèle de production du rooibos

Depuis 1996, Les Jardins de Gaïa, pionniers dans l’importation de rooibos bio en France, travaillent avec des producteurs sud-africains engagés dans une agriculture biologique et dans le commerce équitable. Notre histoire avec le rooibos a débuté avec les producteurs de rooibos de Wupperthal, avant de s’élargir quelques années plus tard, avec ceux de Heiveld.

La coopérative de Wupperthal

Située dans une région montagneuse aux conditions climatiques exigeantes, la coopérative de Wupperthal est pionnière, car dès sa création en 1999, elle produisait du rooibos en agriculture biologique et a été certifiée en commerce équitable en 2005.

Elle rassemble aujourd’hui 63 membres dont les cultures se répartissent sur environ 175,64 hectares. Parmi eux, 26 producteurs sont certifiés « Demeter » (1) et pratiquent l’agriculture biodynamique afin d’améliorer la fertilité des sols et de renforcer la résistance des plantations aux défis climatiques.

Au fil des années, la coopérative a pu développer des pratiques agricoles innovantes pour faire face à la sécheresse et à l’appauvrissement des sols. Son objectif est de produire un rooibos de grande qualité tout en préservant l’équilibre naturel de son terroir.

La coopérative de Heiveld

Plus au nord, la coopérative de Heiveld, créée en 2000, a commercialisé du rooibos biologique certifié dès 2001, obtenu les certifications Naturland et Fairtrade en 2003, puis ses propres certificats en 2004. Elle rassemble 74 membres qui cultivent environ 500 parcelles réparties sur près de 1 150 hectares. Très engagée dans le commerce équitable, elle a permis à de nombreux petits producteurs, notamment des femmes et des jeunes, d’accéder à la terre et de développer une activité agricole durable.

Au-delà de la production de rooibos, Heiveld porte également des projets liés à la préservation de l’environnement, à la transmission des savoir-faire et au développement économique local.

Elle travaille notamment en partenariat avec l’ONG Indigo Development & Change que nous soutenons via notre rooibos « Semeuses d’avenir ».

Ces deux coopératives incarnent une autre manière de produire du rooibos : une agriculture où la qualité du produit fini est indissociable du respect des producteurs, des sols et de la biodiversité en général.

Comment est fabriqué le rooibos ?

La production de rooibos est liée à un savoir-faire ancestral, transmis de génération en génération. Si les techniques ont évolué avec le temps, les grandes étapes de transformation restent profondément liées aux méthodes traditionnelles.

Il y a encore quelques décennies, le rooibos était récolté directement dans le fynbos à l'état sauvage. Les rameaux coupés à l’aide d’une faucille étaient ensuite transportés sur des charrettes tirées par des ânes jusqu’aux lieux de transformation. Les branches étaient broyées sur de grandes pierres plates, humidifiées puis laissées à l’air libre afin de permettre l’oxydation naturelle de la plante qui la fait passer du vert au rouge. Cette étape essentielle permet également au rooibos de révéler ses arômes doux et fruités. Après cette transformation, la plante était séchée au soleil avant d’être triée et conditionnée.

Aujourd’hui, la production s’est modernisée avec l’utilisation de machines, mais le principe reste très proche. Dans les coopératives de Wupperthal et de Heiveld, la transformation continue de se dérouler au plus près des lieux de culture afin de préserver la qualité du rooibos et de maintenir l’essentiel de la valeur ajoutée dans les communautés productrices.

De la récolte du rooibos à l’infusion rouge grenat

La récolte du rooibos intervient principalement pendant l’été austral, du début du mois de janvier jusqu’à la fin du mois de mars. Dans nos coopératives partenaires, les producteurs travaillent à la fois avec du rooibos cultivé et du rooibos sauvage, deux expressions différentes de la même plante.

La récolte du rooibos sauvage fait l’objet d’une attention particulière. Contrairement aux plantations cultivées, il est naturellement présent dans le fynbos et constitue une ressource fragile qu’il est essentiel de préserver. Chaque zone où pousse du rooibos sauvage est répertoriée et les prélèvements sont fortement réglementés et nécessitent une autorisation. Les cueilleurs sont tous spécialement formés afin de respecter le cycle naturel de la plante et éviter d’endommager les buissons.

Seules les pousses suffisamment développées sur des buissons de plus de trois ans sont prélevées. Une même zone ne peut être prélevée que tous les deux ans afin de permettre au plant de rooibos de se régénérer. Cette approche respectueuse garantit la pérennité de la plante.

Après la récolte, les rameaux sont découpés en petits morceaux avant d’entamer l’étape fondamentale de transformation : l’oxydation.

L’oxydation : le secret de la couleur et des arômes du rooibos

Contrairement à une idée répandue, le rooibos ne subit pas une fermentation au sens strict du terme. Il s’agit plutôt d’une oxydation naturelle, provoquée par l’exposition des feuilles à l’oxygène de l’air. 

Après le broyage, le rooibos est légèrement humidifié puis disposé en tas par les producteurs dans ce qu'ils appellent la « cour à thé », une vaste aire en béton située à l’extérieur. Pendant environ vingt-quatre heures, ils surveillent attentivement cette étape, au cours de laquelle l'apparence des feuilles évolue progressivement. Durant cette phase d’oxydation, les enzymes naturellement présentes dans les feuilles catalysent l’oxydation de composés phénoliques, notamment l’aspalathine, au contact de l’oxygène. Cette réaction fait passer la couleur des feuilles du vert au brun rougeâtre et permet d'obtenir les arômes doux, boisés et légèrement sucrés caractéristiques du rooibos rouge. Une fois cette transformation terminée, le rooibos est étalé pour être naturellement séché au soleil. Il est ensuite trié, contrôlé, stérilisé, puis conditionné avant d’être expédié dans le monde entier.

Rooibos rouge et rooibos vert : quelles différences ?

Lorsque l’on parle de rooibos, on pense généralement au rooibos rouge, celui que l’on retrouve le plus couramment dans les magasins et les maisons de thé. Sa couleur d'un grenat intense et son goût chaleureux accompagné de notes gourmandes sont le résultat de l’oxydation naturelle qui suit la récolte.

Mais Les Jardins de Gaïa proposent également un rooibos vert obtenu grâce à une transformation différente. Dans ce cas, l’oxydation est volontairement stoppée afin de conserver la couleur naturelle de la plante un peu à l’image des premières étapes de production d’un thé vert. L'infusion du rooibos vert reste ainsi plus proche du profil aromatique originel de la plante, avec un caractère végétal, plutôt herbacé, frais et parfois légèrement acidulé.

La fabrication du rooibos vert demande donc davantage d’attention et de réactivité de la part des producteurs, car la plante doit être rapidement traitée après la récolte.

Moins connu que son cousin rouge, le rooibos vert séduit aujourd’hui de nombreux amateurs d’infusions à la recherche de profils aromatiques frais, fins et originaux. Nous l’utilisons comme base de notre recette « Respire la vie » où son profil frais et végétal met en valeur les notes fruitées du duo mûre-myrtille, florales de la lavande et épicées du macis.

Rooibos cultivé et rooibos sauvage : deux visages d’une même plante

Même s’ils appartiennent à la même espèce botanique, le rooibos cultivé et le rooibos sauvage ne partagent pas le même degré d’adaptabilité et de résilience face au changement climatique.

Le rooibos cultivé est aujourd’hui la principale source de production mondiale. Son meilleur rendement a permis de développer une véritable filière agricole et de nombreuses familles sud-africaines vivent de cette activité.

Cependant, le rooibos cultivé présente une certaine fragilité. Les buissons ont une durée de vie limitée, généralement comprise entre sept et huit ans, et ils sont plus sensibles aux épisodes climatiques extrêmes. Les sécheresses répétées obligent donc les producteurs à adapter leurs pratiques en récoltant moins, afin de renforcer la résistance des cultures. De plus, ce type de rooibos ne résiste pas au feu, ce qui le fragilise davantage dans ce climat propice aux incendies.

À l’inverse, le rooibos sauvage pousse spontanément dans son environnement naturel. Il s’est adapté pendant des siècles aux conditions difficiles du Cederberg. Ses racines profondes lui permettent de chercher l’eau en période sèche et son association avec les autres plantes du fynbos favorise un équilibre écologique particulièrement riche et résistant.

Certaines variétés sauvages sont même capables de repousser après un incendie, un phénomène essentiel dans cet écosystème où le feu fait partie du cycle naturel.

Dans certaines régions, des agriculteurs ont perdu une partie importante, voire la totalité, de leurs plantations cultivées lors de périodes de sécheresse intenses, alors que certaines populations sauvages ont continué à survivre.

Profils aromatiques et bienfaits : ce que révèle notre étude !

Afin de mieux comprendre les spécificités de ses différents rooibos aussi bien en termes de saveurs que d'éventuels bienfaits, Les Jardins de Gaïa ont confié une étude au laboratoire Twistaroma.

Les résultats montrent l’intérêt de la plante sud-africaine en tant que source d’antioxydants et sa grande diversité de saveurs en fonction de son origine.

Le rooibos naturellement riche en antioxydants

L’étude réalisée par le laboratoire met d’emblée en évidence une importante activité antioxydante des trois rooibos analysés : le rooibos sauvage, celui de Wupperthal et celui de Heiveld.

Même si leurs compositions chimiques présentent certaines différences, leur potentiel antioxydant est globalement comparable.

Parmi les 56 composés phénoliques identifiés, 21 présentent une activité antioxydante. L’un des composés particulièrement présents est l’acide férulique. Ce composé naturel est un acide organique étudié pour son rôle majeur dans la protection contre le stress oxydatif (2). Il est également utilisé dans certains produits cosmétiques, notamment ceux destinés à protéger la peau contre les effets du vieillissement cutané.

Selon les analyses réalisées par le laboratoire, une infusion de 150 ml présente une activité antioxydante comparable à celle d’environ 150 g de chou rouge ou de cerises.

Tableau étude Rooibos

Trois origines, trois profils aromatiques : le rooibos révèle toute sa diversité de saveurs

Si le rooibos sauvage, le rooibos de Wupperthal et celui de Heiveld présentent un potentiel antioxydant globalement comparable, ils se distinguent nettement par leurs profils aromatiques.

L’étude a permis d’identifier 16 composés volatils responsables des différences de parfums et de saveurs entre ces trois origines. Ces molécules aromatiques sont le reflet de leur terroir et de la relation particulière entre la plante et son environnement.

Le rooibos ne produit donc pas une infusion uniforme : comme pour certains grands thés ou vins, son expression dépend profondément du lieu de culture, des pratiques agricoles et du savoir-faire local.

Ces trois profils bien différents permettent de varier les plaisirs tout en découvrant la richesse de la plante sud-africaine.

Le rooibos de Wupperthal : des notes végétales et fruitées

Le rooibos produit par la coopérative de Wupperthal se distingue notamment par une concentration élevée en trans-2-hexénol, un composé aromatique associé à des notes végétales fraîches.

Cette particularité lui confère un profil élégant et végétal, avec un goût à dominante herbacée accompagné de nuances très fruitées. Son infusion révèle une douceur naturelle et une belle longueur en bouche, caractéristiques particulièrement appréciées par les amateurs de rooibos authentiques.

Ce profil aromatique à la fois fruité et herbacé est intimement lié au terroir exceptionnel de Wupperthal, une région montagneuse où les producteurs cultivent leur rooibos au milieu d’une richesse environnementale unique au monde.

Le rooibos de Heiveld : une expression florale délicate

Le rooibos issu de la coopérative de Heiveld possède quant à lui une identité aromatique bien différente. L’analyse a révélé une présence élevée de géranylacétone, un composé relativement rare dans les aliments, associé à des notes florales rappelant notamment le magnolia.

Cette particularité donne au rooibos de Heiveld une expression originale et légèrement aérienne, avec un caractère floral qui apporte une grande finesse à l’infusion.

Elle illustre l’importance du terroir dans l’expression finale d'une tasse de rooibos : une même espèce botanique peut offrir des profils très différents selon les conditions naturelles dans lesquelles elle pousse.

Le rooibos sauvage : une infusion aux arômes gourmands et épicés

Parmi les trois échantillons étudiés, le rooibos sauvage est certainement celui qui présente le profil aromatique le plus original. Deux composés lui sont particulièrement associés : la β-damascénone et l’eugénol.

La β-damascénone est synonyme de notes de pomme et de miel, évoquant parfois la douceur d’une compote de pommes. L’eugénol, quant à lui, développe des nuances proches du clou de girofle, une épice souvent associée à une dimension chaleureuse et complexe. Cette combinaison donne naissance à une infusion au caractère unique, aux arômes particulièrement gourmands.

Le rooibos face aux défis environnementaux : les producteurs en première ligne

Aujourd’hui, la culture du rooibos est confrontée à un défi majeur : celui du changement climatique.

Dans le Cederberg, les producteurs observent depuis plusieurs années des évolutions importantes de leur environnement : périodes de sécheresse plus longues, précipitations moins régulières et épisodes de chaleur plus intenses.

Le rooibos est pourtant une plante naturellement adaptée aux conditions difficiles. Depuis des siècles, il pousse dans un environnement marqué par le manque d’eau et les sols pauvres. Mais l’accélération des phénomènes climatiques fragilise désormais cet équilibre et met directement en danger les petits producteurs qui dépendent de cette culture.

La sécheresse exceptionnelle de 2017 a été en son temps un premier signal d’alerte pour les coopératives de Heiveld et de Wupperthal. Pour Heiveld, cet épisode climatique extrême a entraîné une perte d’environ 18 tonnes de production, soit près d’un tiers des volumes annuels habituels.

À Wupperthal, l’impact a été particulièrement important sur la trésorerie de la coopérative. Les producteurs ont dû intégrer le coût des périodes de sécheresse dans leur réflexion sur le prix du rooibos afin de pouvoir continuer à cultiver cette plante dans de bonnes conditions.

Ces événements ont également accéléré une prise de conscience : l’avenir du rooibos dépendra de la capacité des producteurs à faire évoluer leurs pratiques agricoles.

La biodynamie : une réponse durable face aux sécheresses à répétition

Face aux défis environnementaux de ce début de siècle, certains producteurs ont choisi d’explorer de nouvelles approches agricoles fondées sur le respect des équilibres naturels. C’est notamment le cas de la coopérative de Wupperthal, qui a progressivement développé la culture en biodynamie après qu’Arlette Rohmer, fondatrice des Jardins de Gaïa, a suggéré cette piste en 2016 à son ami Barend Salomo.

À cette suggestion, le visage du directeur de la coopérative s’est illuminé. « Je vois déjà les buissons de rooibos danser et onduler gracieusement dans le vent ! », murmura-t-il. Pour lui, « les hommes et la nature doivent rester partenaires »(3). 

L’agriculture biodynamique repose sur une idée essentielle : pour préserver durablement la production de rooibos, il faut prendre soin du sol et le nourrir en premier lieu. Rendre à la terre ce qu’elle nous donne… La biodynamie cherche ainsi à renforcer la fertilité naturelle des sols, favoriser leur vie microbienne et créer un meilleur équilibre entre les plantes et leur environnement.

C’est sur le plateau de Vaalheuning, dans une nature intacte au milieu d’un « royaume floral » protégé, à plus de 1 000 mètres d’altitude, que les producteurs expérimentent depuis 2017 cette approche dans des conditions particulièrement difficiles. Au départ, ils étaient cinq fermiers prêts à tenter cette aventure audacieuse puisqu’ici les buissons de rooibos doivent se contenter d’un sol très pauvre et sont soumis à des vents réguliers et intenses ainsi qu’à la sécheresse.

Ce fut la première expérience de culture de rooibos en biodynamie en Afrique du Sud menée avec le soutien du centre de formation Demeter de Stellenbosch, qui a formé les producteurs.

Aujourd’hui, les buissons qui poussent dans cette terre désormais soignée et stimulée avec les différentes préparations biodynamiques ont déjà dépassé l’âge maximum théorique d’un plant de rooibos de culture, habituellement remplacé tous les huit ans.

Ils sont toujours là, vaillants et étonnamment touffus avec des racines profondément ancrées dans le sol, faisant face à l’adversité. Du jamais vu, d’après les témoignages des producteurs de Wupperthal. L’agriculture biodynamique semble donc être la pièce manquante entre la résistance innée du rooibos sauvage et le rendement du rooibos bio classique.

Le succès de cette expérience a peu à peu fédéré d’autres producteurs dans la coopérative. Ils sont désormais 26 fermiers labellisés. C’est très encourageant pour l'avenir de ce rooibos au goût si particulier que les amateurs apprécient pour son caractère unique à la fois intense et très fruité.

Des femmes et des hommes engagés pour l’avenir du rooibos

Chaque coopérative de rooibos est aussi un lieu de vie de femmes et d’hommes réunis par une volonté commune : préserver une culture ancestrale tout en ouvrant de nouvelles perspectives pour les générations futures.

Maria Magdalena Kotze : la transmission au cœur de la coopérative Heiveld

Issue d’une famille fondatrice de la coopérative de Heiveld, Maria Magdalena Kotze dite « Lena » connaît toutes les étapes de la filière rooibos. Entrée à la coopérative à 21 ans après plusieurs années de travail saisonnier, elle maîtrise aussi bien la culture et la récolte que la transformation du rooibos sauvage ou cultivé. Son expérience fait aujourd’hui d’elle une véritable référente pour les autres producteurs.

Avec sa mère, Beth, elle s’est spécialisée dans le prélèvement et la transformation des graines et approvisionne une partie de la coopérative en semences. Ce travail précieux contribue à renforcer l’autonomie des fermiers. Engagée également auprès de l’ONG Indigo sur les questions de biodiversité et de changement climatique, Lena transmet bien plus que des gestes agricoles : elle participe activement à préserver l’avenir du rooibos et de son territoire.

Son engagement exemplaire pour la communauté et la qualité de son travail lui ont permis de gagner la confiance des membres de la coopérative de Heiveld : en juin 2024 elle a été élue présidente du comité de direction de la coopérative. C’est la première femme à accéder à ce poste.

Elle est sur la première photo ci-dessous.

Barend Salomo : transmettre une relation profonde avec la nature

Ancien enseignant, Barend Salomo a quitté sa région natale pour étudier au Cap avant de revenir vivre à Wupperthal avec son épouse, Emily. En parallèle de son métier de greffier, il se lance dans la culture du rooibos, une plante qui, selon ses mots, « coule dans les veines des Khoïsans ».

Enfant, il apprenait auprès de ses parents à récolter le rooibos sans abîmer les buissons et à transformer ses feuilles pour obtenir cette infusion rouge consommée en famille. Cette transmission nourrit aujourd’hui son engagement dans la biodynamie. En travaillant à restaurer des sols fragilisés par la monoculture et les cultures intensives, Barend cherche à « redonner de la vie » aux terres et à préserver leur fertilité pour les générations futures.

Pour lui, cultiver le rooibos ne consiste pas seulement à produire une plante : c’est entretenir un équilibre durable entre les humains, la terre et la nature.

Il est sur la seconde photo ci-dessous.

Le prix du rooibos bio : des enjeux sociaux et environnementaux cruciaux

Derrière le prix d’un produit se cachent des enjeux cruciaux pour les producteurs et les coopératives, dont la portée échappe souvent aux consommateurs. Le cas du rooibos, dont le prix a augmenté ces dernières années, est particulièrement emblématique. Afin de mieux comprendre comment se décompose le prix d’achat du rooibos, nous avions mené une étude sur le sujet.

Il nous semblait essentiel de partager ces éléments, car ils permettent de mieux comprendre qu’un rooibos bio acheté à un prix juste est bien plus qu’une simple infusion. Il constitue un véritable levier pour garantir la survie des petits producteurs sud-africains, préserver un modèle agricole familial et répondre aux défis sociaux et environnementaux auxquels ils sont confrontés.

Dans une filière où les grandes exploitations en agriculture conventionnelle disposent souvent de volumes beaucoup plus élevés leur permettant de proposer des prix plus bas, les petits producteurs bio doivent faire face à une réalité complexe : produire une qualité supérieure tout en supportant des coûts liés à la préservation des sols, à la certification biologique, aux investissements agricoles et à l’adaptation de plus en plus difficile au changement climatique.

Choisir de consommer un rooibos bio et équitable, c’est donc aussi faire le choix de soutenir un modèle économique différent, dans lequel la valeur du produit final tient compte de celles et ceux qui le cultivent.

Un prix juste pour permettre aux producteurs de vivre dignement

Le prix du rooibos bio ne rémunère pas uniquement une matière première. Il représente directement la capacité des producteurs à vivre de leur activité, à entretenir leurs parcelles et à préparer l’avenir. Pour les coopératives, la rémunération des producteurs représente environ 80 % des coûts de production. Les dépenses restantes permettent de financer l’ensemble des activités indispensables au fonctionnement de la filière : transformation du rooibos, transport, certifications biologiques et équitables, salaires des équipes, formations, accompagnement technique et investissements agricoles.

Maintenir un prix juste signifie donc permettre aux familles productrices de vivre dans des conditions décentes, mais également d’avoir la possibilité d’investir dans leurs exploitations. C’est également permettre aux jeunes générations d’envisager un avenir et de ne pas devoir quitter leur village pour la ville, faute de perspectives économiques viables. La question du prix est donc intimement liée à la possibilité de transmettre la culture du rooibos et tous ses savoir-faire de génération en génération. De plus, sans rémunération suffisante, il devient difficile pour les producteurs de renouveler leurs plantations, d’améliorer leurs pratiques agricoles ou tout simplement de continuer leur activité.

Anna Skippers : le témoignage d’une productrice engagée

L’histoire d’Anna Skippers illustre parfaitement les réalités vécues par de nombreux producteurs de rooibos bio. Membre de la coopérative de Wupperthal depuis 2012 et du bureau en charge des ressources humaines depuis 2018, Anna vit à Langbome, où elle cultive du rooibos cultivé et récolte également du rooibos sauvage.

Elle possède plusieurs hectares de terres, dont une partie est réservée à l'agriculture biodynamique. Son engagement est guidé par une volonté forte : produire un rooibos de qualité tout en assurant un avenir plus stable à sa famille.

Comme beaucoup de producteurs de la région, elle observe directement les effets du changement climatique. Les périodes de sécheresse fragilisent les cultures et rendent les investissements plus difficiles. Pour elle, l’augmentation du prix de vente du rooibos représente une possibilité concrète de développer sa production, de planter davantage et de renforcer son autonomie financière.

Son témoignage rappelle une réalité essentielle : le prix d’une infusion de rooibos bio et équitable est toujours en lien avec la réalité d'un terroir, ainsi que celle des producteurs et familles qui y vivent.

Un prix juste permet d’investir pour l’avenir

Si le prix du rooibos bio a évolué ces dernières années, cette évolution répond à une nécessité : permettre aux coopératives d’investir pour faire face aux défis actuels et futurs.

Grâce aux revenus issus du commerce équitable et aux engagements des partenaires qui choisissent de rémunérer justement cette production, les coopératives de Heiveld et de Wupperthal ont pu mettre en place de nombreux projets destinés à renforcer leur autonomie et leur résilience.

Ces investissements concernent aussi bien l’accès à la terre que l’amélioration des pratiques agricoles, la protection de l’environnement ou encore le développement social des communautés.

Les principaux investissements dans la coopérative de Wupperthal

À Wupperthal, les investissements ont principalement porté sur l’amélioration des pratiques agricoles et la capacité d’adaptation face au changement climatique. La coopérative a notamment fait appel à un accompagnement environnemental spécialisé afin d’améliorer la fertilité des sols et développer de nouvelles techniques agricoles. Des formations ont été proposées aux producteurs pour diffuser ces pratiques auprès de l’ensemble des membres.

Des outils spécifiques ont également été acquis afin d’améliorer le travail du sol, favoriser l’apport de matière organique et préserver sa structure naturelle. Ces équipements contribuent à rendre les plantations plus résistantes, plus productives et mieux adaptées aux périodes de sécheresse.

La coopérative a également développé la technique du mulching, ou couverture du sol, qui permet de conserver davantage l’humidité entre les récoltes, limiter l’érosion et améliorer progressivement la fertilité des terres.

Le développement de la biodynamie constitue également un axe majeur. L’installation de lieux de stockage dédiés aux préparations biodynamiques permet aujourd’hui à Wupperthal de valoriser des rooibos d’exception bénéficiant du label Demeter.

Enfin, l’agrandissement de la « cour à thé » a permis d’augmenter les capacités de transformation de la coopérative afin d’accompagner le développement futur de la production.

Les principaux investissements dans la coopérative de Heiveld

La coopérative de Heiveld a essentiellement cherché à améliorer l’accès au foncier, un enjeu majeur dans une région où la terre reste une ressource essentielle. En 2016, elle a acquis environ 2 750 hectares de terres afin de permettre aux producteurs eux-mêmes de gérer leur outil de travail. Sur cette surface irrégulière composée de maquis, de canyons et de zones très arides, plus ou moins 150 ha conviennent à la culture du rooibos. Mais le potentiel pour la récolte du rooibos sauvage est énorme. Cette acquisition a notamment facilité l’accès à la terre pour des producteurs plus vulnérables, en particulier les femmes et les jeunes souhaitant développer leur activité agricole. 

Avec ces nouvelles surfaces, les capacités de production ont été augmentées tout en renforçant l’autonomie de la coopérative. À la suite d’épisodes de sécheresse sévères, Heiveld a également investi dans l’achat de graines et de jeunes plants afin de restaurer les parcelles affectées et maintenir la production dans les années suivantes.

Enfin, la coopérative développe également une activité d’agrotourisme autour du projet « Heiveld Three Fountains ». Cette diversification permet de créer de nouvelles sources de revenus pour la communauté tout en faisant découvrir aux visiteurs l’histoire du rooibos et du territoire du Cederberg.

Préserver le rooibos, c’est préserver tout un écosystème

Fleurs rooibos

L’avenir du rooibos est donc profondément lié à la préservation du Cederberg, un territoire exceptionnel où la culture du rooibos bio et équitable participe au maintien d’un équilibre environnemental unique. Les coopératives de Heiveld et de Wupperthal, partenaires historiques des Jardins de Gaïa, défendent un modèle à part dans lequel agriculture, biodiversité et développement social avancent de concert. Leur travail démontre qu’une autre manière de produire est possible : une agriculture respectueuse, capable de préserver les ressources naturelles et permettant aux producteurs de vivre dignement de leur métier. Face aux défis à venir et particulièrement à celui du changement climatique, leur engagement représente une véritable démarche de résistance et d’adaptation.

Découvrez nos producteurs d'Afrique du Sud en vidéo

Découvrez notre vidéo détaillée sur le rooibos

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(1) Déposé dès 1932, le logo Demeter fait référence à la déesse de la fécondité et mère de la Terre dans la mythologie grecque. Demeter est la marque qui permet de reconnaître les produits issus de l’agriculture biodynamique. Le produit Demeter satisfait aux exigences du règlement européen sur l’agriculture biologique et répond en plus au cahier des charges spécifique et très exigeant de la biodynamie.

(2) C. Oresajo, T. Stephens, P. D. Hino, R. M. Law, M. Yatskayer, P. Foltis, S. Pillai, and S. R. Pinnell, “Protective effects of a topical antioxidant mixture containing vitamin C, ferulic acid, and phloretin against ultraviolet-induced photodamage in human skin.,” J. Cosmet. Dermatol., vol. 7, no. 4, pp. 290–7, Dec. 2008.

(3) Arlette Rohmer, Le Thé, la Terre et les Hommes, photographies d'Alexandre Sattler, Éditions de La Martinière, 2025. Un ouvrage qui invite à découvrir les terroirs du thé et les femmes et les hommes qui le cultivent à travers le monde.

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